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Foro de Exégesis y Teología bíblica del
Instituto del Verbo Encarnado
Le siècle disparu de David et Salomon.- Por André Lemaire |
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Le siècle disparu de
David et Salomon Por André Lemaire Tomado de la revista Le Monde de la Bible N°146, pp. 34 a 39 |
Dans les années 70 et 80 du siècle dernier, la plupart des archéologues et des historiens admettaient I’existence d’une royauté unifiée de Juda et d’lsraël sous David et Salomon. Tant du point de vue de la naissance de la littérature hebraique que du debut d’une histoire suivie de l’ancien Israel, le Xe siècle apparaissait comme un point de depart incontournable, éclairant toute l’histoire postérieure. Diverses publications récentes comme le livre d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman manifestent que l’interprétation historique du Xe siècle est désormais devenue un objet de controverse.
Aujourd’hui, les opinions les plus diverses sont affirmées avec force aussi bien chez les historiens que parmi es archeologues: elles vont de l‘affirmation d’un Xe siècle glorieux, veritable “àge d’or” lie à un “empire” créé par David et renforcé par Salomon, dominant tout le Levant entre l’Euphrate et l’Egypte (1 Rois 51), jusqu’à la mise en doute de l’existence historique de David et de Salomon qui ne seraient que des figures légendaires. “Maximalistes” et “minimalistes” s’affrontent, non sans tomber parfois dans les excès habituels à toute polémique.
Ainsi, lorsqu’une nouvelle inscription comme la stèle araméenne de Tel Dan mentionnant la “maison de David” est découverte et publiée, elie devient elle-même objet de polémique: son authenticité a même été parfois mise en doute parce que cette mention semblait contredire une certaine interpretation historique. Fait plus grave, le débat historique est parfois obscurci par des prises de position passionnées liées, implicitement ou explicitement, a la situation actuelle du ProcheOrient. Les “maximalistes” sont éventuellement accuses d’être des partisans du “Grand Israel” tandis que les “minimalistes’ sont parfois considérés comme de dangereux nihilistes mettant en cause las fondements de la civilisation occidentale judeo-chretienne...
Face à cette diversité et à ces excès, il importe de raison garder et, pour l’historien, d’essayer d’abord de bien voir où se situent les problèmes. Rappelons les sources à sa disposition.
L’état de la documentation èpigraphique est assez clair: l’épigraphie hébraique du Xe siècle n'afourni que quelques petits fragments d’inscription, essentiellement des noms propres, et la texte le plus long de cette époque, le calendrier de Gézér, est probablement plutôt philistien (c’est-à-dire rattaché a l’écriture et à la langue cananéenne utilisée en Philistie) que paléohébreu. Si las quelques fragments parvenus jusqu’a nous attestent bien l’emploi de l’écriture a cette époque, leur apport historique est pratiquement nul.
Les témoignages épigraphiques contemporains provenant des pays voisins ne sont guère plus explicites: ils ne mentionnent ni David, ni Salomon. Cela n’est d’ailleurs pas étonnant car la documentation proche-orientale du Xe siècle reste très rare: l’Assyrie est alors menacée par les Araméens jusque dans son propre territoire et l’Egypte de la XXIe dynastie affaiblie par des dissensions intérieures tandis que nous ne disposons d’aucune inscription phénicienne du royaume de Tyr au Xe siècle. Cette pauvreté genérale de la documentation proche-orientale au Xe siècle n’en fait que mieux ressortir l’importance de la liste des villes asiatiques conquises par le premier pharaon de la XXIIe dynastie: Shéshonq ler, liste gravée sur las murs du temple de Karnak. Même si cette liste de villas du Levant-Sud pose des problèmes de lecture et d’identification, ella peut ètre rapprochée d’un fragment de stèle du mème pharaon trouvó a Megiddo at de la mention, dans 1 Rois 14,25-26, d'une expedition du “roi d’Egypte Shishaq” contre Jerusalem qui lui paya un lourd tribut "la cinquième année du regne de Roboam".
La chronologie de l’Egypte et celle des livres des Rois situent cette expédition égyptienne en Palestine vers 925 av. J.-C.
L’histoirien doit aussi tenir compte de la mention de la “maison de David” dans la stèle araméenne de Tel Dan, gravée par le roi araméen Hazaël dans le dernier quart du IXe siècle, ainsi que, probablement, dans un passage abîme de la stêle contemporaine de Mésha, roi de Moab. Ces deux inscriptions manifestent que, au mains des la deuxième moitié du IXe siècle, David était considéré comme le fondateur du royaume hébreu de Jerusalem. En ce qui concerne la tradition littéraire, il faudrait apprécier la valeur historique d’une tradition phênicienne sur les rapports entre Salomon et Hiram, roi de Tyr, rapportée par Flavius Josèphe citant des historiographes hellénistiques. Même si cette tradition a un fondement historique dans l’historiographie phénicienne, son apport à l’histoire israelite reste des plus limités.
En fait, la documentation la plus abondante dont dispose l’historien pour le Xe siècle est clairement la tradition historiographique biblique des livres de Samuel et des quinze premiers chapitres des livres des Rois, en partie réutilisée dans les livres des Chroniques. Si l’on tient compte du texte biblique actuel, les règnes de David et de Salomon apparaissent alors comme les mieux documentés de toute l’histoire de l’ancien lsraël.
Appreciation critique de l’historiographie
L’interpretation historique du Xe siècle depend donc, en très grande partie, de l‘appreciation critique de l’historiographie biblique, elle-même liée aux hypothèses sur l’histoire de la rédaction de ces textes. En schématisant, on peut distinguer trois orientations:
1) Pour certains, les livres de Samuel et des Rois n’ont été redigés que vers la fin de l’époque perse ou durant l’époque hellénistique; ils tendent naturellement à considérer les histoires de David et de Salomon comme de pures fictions.
2) Pour d’autres, les livres de Samuel et des Rois ont été tout entier rédigés vers la fin de l’epoque royale, sous le règne de Josias ou même durant l’Exil; ils ont tendance à voir dans ces histoires des légendes ayant un fondement historique difficile à préciser en dehors de l‘existence même de ces personnages.
3) Pour la plupart, les livres de Samuel et des Rois ont eu plusieurs rédactions/editions successives, dont certaines remontant au Xe siècle, ou leur rédacteur “deutéronomiste” a utilisé des sources anciennes. Ils sont portes à accorder un certain crédit a cette tradition historique, au moins à sa partie proche des événements, même s’il faut aussi tenir compte de la tendance de chaque historiographe ou de chaque source.
L’appréciation historique du Xe siècle depend donc de la critique littêraire, art difficile s’il en est, et qui suppose une étude détaillée du texte hébreu. En fait, la premiere position ne semble défendue par aucun commentaire philologique détaillé des livres de Samuel ou des Rois; la plupart de ces commentaires défendent, avec diverses nuances, la troisième positión. C’est le cas, en particulier, de Martin Noth, I’ "inventeur" de la redaction “deutéronomiste”, qui souligne dans son commentaire des livres des Rois qua certains passages sont "predeutéronomistes", le rédacteur “deutéronomiste” utilisant plusieurs sources anciennes de type administratif pour l’historiographie salomonienne.
Ainsi, l’exploitation historique de la tradition historiographique de la Bible suppose un travail de detail sur le texte pour en discerner les différentes strates. À certains égards, cette méthode rappelle celle de l’archéologue qui, pour les sites occupés et réoccupés plusieurs fois, doit distinguer les differents niveaux d’occupation et essayer de les dater. La tâche de l’archéologue n'est pas plus aisée qua celle de l’exégète, spécialement pour les périodes anciennes sans monnaie et sans poterie décorée facile a dater. Dans ce cas, l’archéologue établit d’abord une stratigraphie relative, distinguant les niveaux les plus récents (au-dessus) des plus anciens (en dessous). Il propose ensuite une datation absolue de chaque niveau soit grâce a des découvertes épigraphiques sur le site même, soit par référence a des événements historiques connus par ailleurs (construction royale, guerre ou tremblement de terre...), soit par rapprochement du materiel archéologique (architecture, poterie...) avec les niveaux de sites voisins déjà datés.
En ce qui concerne le Xe siècle, on pourrait penser que la découverte d’un fragment de stèle de Shéshonq à Megiddo permet de présenter une datation claire des niveaux des XIIe - IXe siècles. Malheureusement ce fragment de stèle a été découvert dans un contexte non stratifié!
La datation des “niveaux salomoniens”
Dès lors, les archéologues ont eu recours a l'historiographie de cette époque en se référant à Rois 9,15, d’après lequel “Haçor, Megiddo et Gézér” ont été (re)construits par Salomon. Yigael Yadin avait même essayé de montrer que les portes fortifiées de ces trois villes étaient pratiquement identiques at pourraient avoir eu le même architecte, conjecture que les differences de detail entre ces trois “portes a tenailles” rendent trés incertaine. Aujourd’hui, la datation des “niveaux salomoniens” de Megiddo, Haçor at Gézér est mise en question par Israël Finkelstein, suivant une argumentation que l’on peut schématiser en cinq points:
1) D'une manière générale, las nombreuses fouilles de Jerusalem n’ont pas mis au jour de restes de bâtiment attribuable a Salomon dont le regne a dû être beaucoup moins glorieux que ne le laisse penser la tradition biblique. 2) De façon plus precise, 1 Rois 9,15 se rattache à l’histoire deutéronomiste du VIIe siècle et n’est donc pas fiable en ce qui concerne le Xe siècle. 3) Dans ces conditions, le rattachement de niveaux importants de construction à l’époque de Salomon n’a aucun fondement. 4) Il est preferable de rattacher ces niveaux de construction aux régnes d’Omri et d’Achab, quelque 75 ans plus tard, car Achab est mentionné comme un puissant roi d’Israël dans les annales assyriennes de Salmanazar III. 5) L’abaissement de la datation des “niveaux salomoniens” de Haçor, Megiddo et Gézér entraîne, par reaction en chaine, un abaissement de la datation de tous les niveaux du Fer I, ce qu’il appelle la “chronologie basse”, en faveur de laquelle il met en avant divers indices supplémentaires.
Cette nouvelle chronologie reste trés discutée, en particulier par les fouilleurs de Gézér (W. G. Dever) et de Haçor (A. Ben-Tar) [lire A. Mazar p. 30-31] où elle entraînerait une compression difficile à accepter des nombreux niveaux du Fer II (IXe - VIIIe siècle). Du seul point de vue archéologique, le débat est loin d’être clos. Les fouilles en cours à Megiddo, Haçor et Tel Rehov permettront peut-ètre d’y voir plus clair.
Remarquons que cette “chronologie basse” s’inscrit dans le contexte d’une interpretation historique des règnes de David at de Salomon qui, tout en acceptant leur existence, pense qu’on ne peut rien extraire d’historique des livres de Samuel et des Rois parce qu’ils auraient été rédigés trop tard (supra: point nº 2). Il s’agit là dune position de critique littéraire très discutable qui, en outre, ne tient pas compte de la mention de l‘expedition de Shéshonq dans 1 Rois 14,25, qui montre que ces livres peuvent transmettre certaines traditions historiques du Xe siècle. Il reste que cette théorie a le mérite d’inviter à une lecture critique renouvelée de l’historiographie salomonienne en distinguant mieux les niveaux anciens des niveaux deutéronomistes ou d’époque perse avec leur tendance à en rajouter sur la puissance et la richesse de Salomon.
Une étude critique des onze premiers chapitres des livres de Rois montre que l’historiographie salomonienne ancienne, remontant vraisemblablement à un haut fonctionnaire de Salomon et mettant en valeur sa “sagesse” politique, ne cachait pas que Salomon se situait dans la zone d’influence du pharaon egyptien (1 Rois 3,1 9,16...), qu’il ne contrôlait pas le royaume de Damas devenu indépendant (1 Rois 11 .14-25), ni la Philistie (1 Rois 2,39), tandis qu’il a été oblige de ceder le pays de Kabul, c’est-à-dire la province d’Asher, au roi Hirom de Tyr (1 Rois 9,11-13). Dans ces conditions, le terme d’“empire” semble tout à fait inadéquat pour décrire le règne de Salomon et le royaume de Jérusalem vets le milieu du Xe siècle.
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